Bandes Dessinées pour le Changement : Dessiner la Masculinité à la reConference du CREA

- Publié le
- 26 mars 2026
- Publié par
- MenEngage Alliance
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- 10 minutes
Comment utiliser les bandes dessinées pour susciter des discussions sur les hommes, les masculinités et la justice de genre ? Le groupe de référence des jeunes de MenEngage l’a découvert lorsqu’il a présenté sa bande dessinée lors de la ré-Conférence du CREA au Népal en décembre 2025.
Dans cette interview, Sari Kamiyama, l’illustratrice de la bande dessinée, Alex Nelson, coauteur de celle-ci, ainsi que Yogesh Vaishnav, directeur de MenEngage India et coordinateur régional de l’Alliance MenEngage pour l’Asie du Sud, reviennent sur leur expérience : ils ont su mettre à profit le pouvoir de l’art comme point d’entrée captivant pour aborder le thème des hommes et des garçons.
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En quoi consistait la présentation ou l’interaction avec la bande dessinée lors de la reConference ?
Sari : Cette expérience a mis en évidence le fort potentiel que recèle l’association de l’art et des débats sur les masculinités. Au départ, j’étais un peu inquiète quant à l’accueil que recevrait notre projet. Cependant, grâce à la collaboration avec des collègues formidables comme Alex et Yogesh, nous avons mené à bie
n l’exposition et animé un atelier qui a réuni de nombreux chercheurs et militants. Je suis fière que cet espace ait permis des discussions constructives et inclusives.
Yogesh: La bande dessinée était présentée en cinq cases. Les quatre premières cases comportaient la bande dessinée imprimée, mais la cinquième était laissée vierge pour servir de case interactive. Les visiteurs pouvaient y noter leurs réflexions à l’aide de post-it et de stylos de couleur. J’ai trouvé cette façon de présenter la bande dessinée remarquable, car elle permettait aux visiteurs de la lire et de partager leurs réflexions sur-le-champ.
Alex: Pour la partie discussion, Sari et moi avons cherché à rendre l’ambiance aussi interactive que possible ; nous avons donc étendu une grande couverture pour que les gens puissent s’y rassembler et partager leurs histoires confortablement. Certains participants ont même apporté du pop-corn à partager pendant qu’ils s’asseyaient avec nous ! Nous avons ensuite eu de nombreuses discussions animées avec d’autres artistes et militants venus du monde entier.
Au début, j’ai présenté le projet de bande dessinée et notre processus de collaboration. Sari a ensuite partagé ses intentions artistiques. Elle a expliqué pourquoi elle avait choisi de représenter Jo avec une origine ethnique ambiguë, la signification symbolique des emojis et d’autres aspects stylistiques. Un dialogue ouvert s’est rapidement engagé. J’étais ravie que nous ayons pu élaborer une stratégie pour nos actions de sensibilisation et approfondir notre connaissance mutuelle de nos travaux respectifs.

Discuter de la bande dessinée
Quels sont les sujets qui ont été abordés ?
Alex: Les participants à notre session interactive avaient beaucoup à dire après avoir découvert la bande dessinée. L’un des thèmes centraux de la bande dessinée est la radicalisation des adolescents vers la misogynie par la « manosphère » — ces espaces en ligne qui promeuvent des idées étroites sur ce que signifie être un homme et glorifient la misogynie ainsi que la violence envers les femmes et les personnes de genre divers. Nous avons analysé ce qu’est la « manosphère », comment elle se manifeste à l’échelle mondiale et comment elle apparaît dans la bande dessinée.
Sari: La discussion a également porté sur la manière de travailler avec les garçons et les hommes en faveur de la justice de genre dans divers contextes, par exemple en mettant en relation les différentes passions, professions et origines culturelles des participants.
Les contributions des participants qui élèvent un garçon de 5 ans se sont particulièrement démarquées, soulignant l’importance d’enseigner l’égalité des genres dès le plus jeune âge à travers des messages affirmant que les garçons né sont pas tenus de se conformer à des normes de genre restrictives.
Yogesh: Ce fut une expérience formidable de voir des jeunes mener l’intégralité de la discussion. La bande dessinée a suscité un débat riche sur la manière dont la masculinité est perçue dans le monde d’aujourd’hui, selon différents contextes : âges, origines régionales et culturelles, genres et orientations sexuelles. Nous avons discuté de la façon dont les mentalités et les systèmes patriarcaux et coloniaux façonnent des normes néfastes au sein de nos propres familles, sur nos lieux de travail et dans nos communautés.
En quoi le fait de se plonger dans cette bande dessinée a‑t‑il semblé susciter l’intérêt ou faire évoluer les points de vue sur la masculinité chez les participants ?
Sari: J’ai trouvé que cette bande dessinée était un outil accessible et efficace pour lancer des discussions sur la masculinité. Pendant l’exposition, une famille séjournant dans un hôtel voisin s’est arrêtée devant l’exposition et leur fils de 15 ans, qui n’avait pas encore beaucoup réfléchi à la manière dont le genre façonne nos vies, a manifesté de l’intérêt pour la bande dessinée, la qualifiant d’« intéressante ». Ce moment a mis en évidence le potentiel de la bande dessinée à toucher des personnes qui né s’engagent généralement pas dans des discussions sur la masculinité ou les normes de genre. En fait, ceux que l’on considère souvent comme « désintéressés » pourraient bien être le public que nous avons le plus besoin d’atteindre.
Alex: De nombreux participants se sont montrés tout aussi enthousiastes à l’idée de découvrir et d’en savoir plus sur notre travail au sein de l’Alliance MenEngage qu’à propos de la bande dessinée. Ils ont souligné qu’il était de plus en plus nécessaire d’impliquer les hommes et les garçons dans la lutte pour l’égalité des genres et ont réfléchi aux moyens de collaborer dans ce sens.
Sari et moi avons discuté avec une militante pour les droits des personnes handicapées qui m’a amenée à réfléchir davantage aux liens entre la justice pour les personnes handicapées et la justice de genre, ainsi qu’à la manière dont le capacitisme peut être le fruit d’un patriarcat systémique. Par exemple, les visions patriarcales associent la « force » et l’« indépendance », définies selon les normes masculines valides, à la productivité, marginalisant ainsi celles et ceux qui ont besoin d’interdépendance ou de soutien.
Yogesh: De nombreux participants à la reConference avaient déjà une certaine compréhension de la masculinité, notamment parce que la plupart d’entre eux travaillent dans le domaine de la justice de genre. La bande dessinée a permis de faire évoluer les connaissances existantes des participants vers une réflexion plus approfondie. Au lieu de nous en tenir à la théorie, nous avons établi un lien entre le concept de masculinité et des expériences de la vie réelle, telles que celles illustrées dans la bande dessinée.
Tout le monde s’accordait à dire que les normes sociales néfastes liées à la masculinité encouragent souvent la répression des émotions, la domination et l’insensibilité. Les participants ont reconnu que ces normes n’affectaient pas seulement les garçons et les hommes, mais qu’elles avaient également des répercussions plus larges sur les familles et les communautés. La narration visuelle de la bande dessinée a permis de rendre ces schémas visibles et compréhensibles.
De nombreux participants – jeunes, militants et professionnels – ont également souligné l’importance d’impliquer les garçons dès leur plus jeune âge. Ils ont convenu que si l’on souhaite une transformation durable, il faut travailler avec les enfants et les adolescents pour remettre en question les normes de genre rigides et promouvoir des formes de masculinité plus saines et plus équitables. Le format de la bande dessinée a rendu cette discussion plus ouverte, plus accessible et davantage axée sur les solutions.

Discuter de la bande dessinée
En quoi la présentation de cette bande dessinée lors de la reConference a‑t‑elle contribué à élargir ou à remettre en question le débat public sur les hommes, les garçons et la justice de genre ?
Alex: En découvrant la bande dessinée et en se renseignant sur l’Alliance MenEngage, certains participants ont été agréablement surpris d’apprendre qu’il existait des initiatives féministes visant à impliquer les hommes et les garçons dans la lutte pour la justice de genre. Cela a suscité des discussions sur la manière dont cela pourrait se concrétiser au sein de leurs propres organisations. En présentant l’Alliance MenEngage, j’ai souligné l’importance du Cadre de Redevabilité de l’Alliance MenEngage pour aligner notre travail visant à impliquer les hommes et les garçons dans la défense des droits des femmes, des droits LGBTIQ, ainsi que de la justice de genre et climatique.
Sari: La présentation de la bande dessinée lors de la reConference, un espace dédié à la narration féministe et à la construction de mouvements, m’a amenée à réfléchir à des questions qui reviennent souvent dans le travail visant à mobiliser les hommes et les garçons en faveur de la justice de genre. J’étais curieuse de savoir comment la masculinité serait abordée lors de cet événement. Les critiques de la « masculinité toxique » et les appels en faveur de « nouvelles masculinités » étaient courants parmi les participants. Nous avons pu partager les approches de MenEngage et souligner à quel point l’engagement des hommes et des garçons en faveur de l’égalité des genres et de la transformation est un élément essentiel du travail en faveur d’un changement social plus large. Nous avons enrichi les discussions sur la masculinité en soulignant que le fait de présenter les hommes comme des partenaires en matière de redevabilité et des agents du changement peut favoriser un dialogue plus multidimensionnel sur la justice de genre.
Yogesh: Les planches de bande dessinée dégageaient une présence forte et unique qui a su capter l’attention du public. Le caractère visuel et interactif de la présentation invitait à participer sans contrainte et rendait plus accessibles les questions complexes liées à la masculinité. Il était inspirant de voir à quelle vitesse les gens se sont laissés séduire par cette approche.
Même si nous né pouvons pas prétendre avoir provoqué une transformation majeure en si peu de temps, cette bande dessinée a sans aucun doute suscité la curiosité et la réflexion autour des thèmes qu’elle mettait en avant. Elle a incité les participants à porter un regard plus critique sur la masculinité et sur la manière dont le « carcan de la masculinité » influence nos vies, nos relations et nos communautés.
Comment cette bande dessinée a‑t‑elle été accueillie ?
Sari: La bande dessinée a reçu un accueil très favorable. De nombreuses personnes ont manifesté leur intérêt pour l’utiliser dans leur propre contexte et au sein de leur organisation, et plusieurs participants ont proposé de contribuer à sa traduction — ce serait formidable de pouvoir concrétiser ces collaborations. J’espère rester en contact avec ceux qui ont proposé leur aide pour la traduction, afin de permettre une diffusion plus large à mesure que nous élaborons les deuxième et troisième volets de la série.
Alex: La bande dessinée a été très bien accueillie, les participants ayant fait preuve d’une curiosité sincère et d’une participation active lors de la table ronde interactive. Une critique a toutefois été formulée : un participant a souligné l’importance de garder à l’esprit l’« évolution constante » de la langue et du contexte. Par exemple, l’argot utilisé par les jeunes varie en fonction de la culture et du contexte, et la signification de certaines expressions peut différer d’une génération à l’autre.
Yogesh: La bande dessinée a reçu un accueil très favorable. Plusieurs participants ont manifesté leur intérêt pour l’utiliser comme outil dans leurs propres contextes — par exemple auprès des enfants, des jeunes, des familles, des équipes et des réseaux. Ils ont apprécié sa simplicité, son caractère accessible et le fait qu’elle suscite la discussion.
Une suggestion importante qui a été formulée concernait la nécessité de traduire l’ouvrage dans différentes langues afin de toucher un public plus large et plus diversifié. Certains ont également estimé que les prochaines éditions pourraient inclure des contextes ou des récits plus variés afin de refléter différentes situations sociales et expériences. J’ai trouvé ces réflexions utiles à prendre en compte pour l’élaboration des prochains numéros de la série de bandes dessinées et pour renforcer des outils créatifs similaires dans notre domaine.
Cette opportunité a‑t‑elle donné lieu à de nouveaux contacts, à des partenariats ou à des idées de collaboration avec d’autres personnes ?
Yogesh: Oui, cette initiative m’a permis d’entrer en contact avec des personnes au-delà du réseau de l’Alliance MenEngage. J’ai rencontré de nombreux alliés et acteurs féministes qui œuvrent en faveur de la justice de genre en adoptant différentes approches. ReConference a créé un espace propice à des échanges constructifs et a contribué à tisser des liens fondés sur des valeurs communes.
J’ai pu échanger avec des participants originaires de pays d’Asie du Sud, tels que le Pakistan, le Bangladesh et l’Inde, qui souhaitaient en savoir plus sur l’Alliance MenEngage, en particulier sur notre approche visant à travailler avec les garçons et les hommes et à transformer les masculinités patriarcales dans une perspective féministe.
Des initiatives comme celle-ci sont très importantes pour notre travail. Elles contribuent à élargir les réseaux, à renforcer la solidarité entre les mouvements et à créer des occasions de tirer des enseignements d’expériences diverses. Elles renforcent également la visibilité de notre approche et favorisent les partenariats susceptibles de soutenir l’action collective en faveur de la justice de genre.
Sari: Oui, de nombreux nouveaux contacts ont été noués. La conférence sur l’art a permis à beaucoup de découvrir l’Alliance MenEngage, certains participants ayant même manifesté leur intérêt pour devenir des organisations membres.
Alex: Nous avons noué des liens fructueux qu’il serait bon de cultiver en vue d’une future collaboration avec le Groupe de référence des jeunes. Parmi ces contacts figuraient des personnes intéressées par la traduction de la bande dessinée dans différentes langues, ainsi que des membres d’organisations féministes militant pour la justice en faveur des personnes handicapées.
Quel a été pour vous le moment fort ou la principale leçon à retenir de la reConference ?
Alex: Ce fut un immense privilège de pouvoir apprendre aux côtés de figures de proue du féminisme qui mettent en avant les perspectives du Sud. Cet événement m’a amenée à mener une réflexion critique sur les rapports de force et les pratiques de redevabilité dont je dois absolument être consciente en tant que militante pour la justice de genre originaire du Nord.
Sari: J’ai été profondément émue par les interventions d’artistes comme Alok Vaid-Menon et Arundhati Roy, qui m’ont permis de ressentir de manière viscérale la force et l’énergie des mouvements féministes dans les pays du Sud.
Yogesh: L’un des principaux enseignements que j’ai tirés de la reConference a été ce fort sentiment d’inclusion. J’ai pu constater que l’inclusion se reflétait à tous les niveaux : parmi les intervenants, les participants, les thèmes abordés et dans la manière dont les activités étaient conçues.
Cette conférence nous a offert un espace confortable et sûr où nous avons pu nous exprimer librement. Des personnes issues de milieux, d’identités et d’horizons divers n’étaient pas seulement présentes, mais elles ont été activement écoutées et valorisées. Cet engagement en faveur de l’inclusion m’a vraiment inspirée et c’est une valeur que je compte mettre en pratique dans mon propre travail.





