Soutenir le plaidoyer féministe à la CSW65

Cette année a marqué la 65e session de la Commission de la condition de la femme (CSW65), qui s’est déroulée du 15 au 26 mars, dans un format essentiellement virtuel.

La CSW est le principal organisme international dédié à l’adoption d’engagements et de politiques mondiaux pour l’égalité des genres et les droits des femmes. Pour l’alliance MenEngage, c’est un espace crucial dans lequel nous travaillons ensemble et en solidarité avec les mouvements féministes appelant à un changement transformateur.

Au cours de ces deux semaines, l’alliance MenEngage – avec ses membres et partenaires – a travaillé conjointement pour défendre, mobiliser et soutenir les activités de la CSW65 et les efforts de revendications connexes à la fois dans nos pays d’origine et à l’échelle internationale.

Un regard sur la CSW65

La 65e session de la Commission de la condition de la femme de cette année a réuni plus de 25 000 membres de la société civile inscrits pour participer virtuellement, par rapport aux 4 000 personnes militantes qui viennent habituellement en personne chaque année à New York, aux États-Unis. Plus de 200 événements parallèles ont été dirigés par des États membres de l’ONU et plus de 700 événements ont été menés par des entités représentant la société civile (ONG).

La plate-forme virtuelle mise en place en raison des restrictions imposées par la COVID-19 a fourni à la fois des opportunités et des défis aux personnes militantes féministes pendant la session.

Chaque année, un thème est traité en priorité, et un thème d’une session précédente est passé en revue :

Thème prioritaire

La participation et la prise de décision pleines et effectives des femmes dans la vie publique, ainsi que l’élimination de la violence, pour parvenir à l’égalité des genres et à l’autonomisation de toutes les femmes et filles ;

Thème repassé en revue

L’autonomisation des femmes et le lien avec le développement durable (Conclusions concertées de la soixantième session).

Quels ont été les négociations et les résultats entre les gouvernements ?

Le plaidoyer était centré sur la nécessité d’assurer une direction féministe, de démanteler les déséquilibres de pouvoir et les injustices de genre persistants entre les hommes, les femmes et les personnes d’identités de genre diverses dans les sphères publiques et politiques, ainsi que de lutter contre l’escalade de la violence à l’égard des femmes et des filles dans la sphère numérique.

La session a abouti à un document final (les conclusions concertées) bien que les États membres aient mené une négociation tendue jusqu’au dernier moment, avec la présentation de la 3e révision du document et son adoption quelques heures avant la clôture de la session.

Les négociations étaient controversées autour de l’inclusion de termes portant sur :

  • Les personnes militant pour les droits humains des femmes
  • La violence conjugale (VC)
  • La santé et les droits en matière de reproduction et de sexualité
  • Les personnes LGBTQIA+ et les droits des personnes trans
  • L’approche transformationnelle du genre
  • Les références à la convention 190 de l’OIT190 sur l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail
  • Le rôle essentiel des organisations féministes et de la société civile
  • L’absence d’une juste reprise dans un langage lié au climat menant au thème prioritaire de l’année prochaine avec un accent mis sur le climat
  • Le droit du travail
  • L’inclusion et la reconnaissance des filles

Qu’ont pensé les personnes militant pour le féminisme et les analystes des négociations ?

Le Caucus des droits de la femme (WRC), une coalition mondiale de plus de 200 personnes militant pour le féminisme, a organisé une conférence de presse le vendredi de la clôture de la session, alors que les résultats des négociations étaient encore en suspens. Ces personnes ont déclaré : « La Russie s’est fait beaucoup entendre et s’est tenue en première ligne » pour faire pression « pour un langage qui régresse souvent et qui cherche à refuser aux femmes et aux filles… leurs droits. »

Le WRC a noté que ces positions étaient soutenues par le Saint-Siège, le royaume d’Arabie Saoudite, le royaume de Bahreïn, la république de Cuba et de la République populaire de Chine. Le WRC a également remarqué un « leadership très fort » de certains pays insulaires d’Amérique latine et du Pacifique et le « retour vraiment fort et vital des États-Unis en tant que défenseur de premier plan de la santé et des droits sexuels et reproductifs, de l’égalité des genres et des droits des femmes en général au cours de la CSW. »

L’alliance MenEngage, représentée par le secrétariat mondial, a œuvré aux côtés de la WRC pour plaider en faveur d’un résultat progressiste des conclusions concertées.

De nombreux États membres ont attiré l’attention générale sur les politiques réactionnaires de plus en plus nombreuses à l’ONU, le porte-parole de l’Union européenne déclarant que « les tentatives systématiques de certaines délégations de faire dérailler le processus et de remettre en question les engagements et obligations internationaux en matière d’égalité des genres montrent que le mouvement pour le recul des droits des femmes se poursuit. »

Le WRC a également noté une diminution de l’accès aux négociations du fait que les plates-formes virtuelles ont été la norme cette année. Les personnes militant pour le féminisme ont lancé la campagne #UNmuteCSW65 en utilisant les médias sociaux pour appeler les gouvernements et l’agence ONU Femmes à soutenir un meilleur accès à la #CSW65 pour les groupes de la société civile, notant en particulier que les plates-formes numériques sont susceptibles de devenir la norme à l’avenir en raison de la pandémie en cours.

Surveillance des groupes anti-droits et plaidoyer à la CSW

Les personnes militant pour le féminisme continuent de surveiller les procédures des espaces de la CSW pour y détecter les discours anti-droits et antiféministes. Elles « ont exprimé des inquiétudes quant aux défis croissants posés à la participation de la société civile à la CSW et à d’autres espaces des Nations Unies, amplifiés par les restrictions liées à la COVID-19, aux organismes anti-droits et aux groupes concentrés sur l’accroissement de l’activité en ligne par des pétitions, l’invasion numérique des événements parallèles, aux activités de dialogue, et visant les médias sociaux. »

La rhétorique anti-trans qui s’est développée dans de nombreux espaces, est particulièrement préoccupante cette année, notamment avec la montée du « féminisme anti-trans » et la promotion d’une déclaration des droits des femmes basés sur le sexe qui comprennent un mélange des messages au vitriol liés à l’« idéologie du genre et du transgenre » et le positionnement de l’« idéologie du transgenre » comme une menace pour les droits des femmes et des filles.

Notre plaidoyer en tant qu’alliance MenEngage, cependant, a été guidé par nos principes fondamentaux et l’affirmation de notre engagement à plaider contre, remettre en question et chercher à surmonter le sexisme, l’exclusion sociale, l’homophobie, le racisme ou toute forme de comportement discriminatoire contre les femmes ou les hommes et les femmes homosexuels/homosexuelles/bisexuels/bisexuelles/transgenres, ou sur toute autre base.

À ce titre, nous sommes fermement solidaires des personnes militantes et des mouvements pour les droits des personnes LGBTIQA+ et les droits des trans dans cet espace.

Autres nouvelles pendant la CSW : La Turquie se retire de la Convention d’Istanbul

Le 20 mars, le gouvernement turc a annoncé qu’il se retirait d’un traité clef des droits humains connu comme la   Convention d’Istanbul. Cette convention pénalise la violence basée sur le genre et les autres formes de violence et de discrimination à l’égard des femmes. Le fait qu’un pays ait pris cette décision n’est pas passé inaperçu, en particulier au milieu de la conférence annuelle des Nations Unies la plus essentielle et portant sur les droits des femmes.

Impliquer les hommes et les garçons dans la transformation des masculinités patriarcales à la CSW65

Avec ses membres et partenaires, l’alliance MenEngage a plaidé en faveur d’un programme politique féministe intersectionnel à travers le Caucus des droits des femmes. Cela comprenait la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR), les femmes, la paix et la sécurité (WPS), les femmes défendant les droits humains, et les droits LGBTQIA+.

L’alliance MenEngage a apporté son expertise relative au langage et au cadre « hommes et masculinités » afin de  transformer les masculinités patriarcales pour les droits des femmes. Les conclusions concertées finales reflétaient un langage cohérent sur la nécessité continuelle de travailler avec les hommes et les garçons en faveur de la justice de genre. Pourtant, elles n’ont pas été à la hauteur du langage progressiste préconisé par l’alliance MenEngage.

La 65e session de la Commission de la condition de la femme (conclusions concertées – toutes les langues des Nations Unies)

Les conclusions concertées sont un outil essentiel qui peut être utilisé dans le plaidoyer national pour obliger votre gouvernement à rendre compte des engagements internationaux auxquels il a souscrit dans le cadre des négociations multilatérales des Nations Unies.

Que disent les conclusions concertées sur l’implication des hommes et des garçons et la transformation des masculinités ?

Les paragraphes suivants des conclusions de la CSW65 font référence aux hommes et aux garçons :

  • 57. La Commission reconnaît le rôle important des femmes dans la prévention et la résolution des conflits armés et dans la construction de la paix et, à cet égard, souligne l’importance de la participation pleine, effective et significative des femmes, notamment en augmentant leur rôle dans des processus de paix, aussi bien que dans la prise de décision dans les efforts pour le maintien et la promotion de la paix et de la sécurité, et elle réitère l’importance d’impliquer les hommes et les garçons en les associant à la promotion d’une telle participation.
  • 60. La Commission reconnaît également l’importance de l’implication totale des hommes et des garçons comme agents et bénéficiaires de changement, et en tant que partenaires et alliés stratégiques tant de la promotion de la participation pleine et effective des femmes à la vie publique et de la prise de décisions par les femmes dans la vie publique, que de l’élimination de la violence ainsi que de l’obtention de l’égalité des genres et de l’autonomisation de toutes les femmes et filles.
  • .tt Impliquez totalement les hommes et les garçons en tant qu’agents et bénéficiaires de changement, et en tant qu’associés et alliés stratégiques dans : la promotion de l’accès des femmes et des filles aux systèmes de protection sociale, aux services publics et aux infrastructures durables ; l’élimination de toutes les formes de violence et de discrimination contre les femmes et les filles, dans les sphères publiques et privées, en comprenant et en traitant à la racine les causes de l’inégalité des genres, telles que les relations de force, les stéréotypes de genre et les pratiques qui perpétuent la discrimination contre les femmes et les filles ; la conception et la mise en œuvre des politiques et des programmes nationaux qui s’occupent des rôles et des responsabilités des hommes et des garçons, notamment le partage égal des responsabilités entre les femmes et les hommes dans le soin et le travail domestique ; la garantie de l’application des lois sur les pensions alimentaires des enfants ; et la transformation, dans le but de l’élimination, des normes sociales négatives qui cautionnent la violence contre les femmes et les filles et les attitudes par lesquelles les femmes et les filles sont considérées comme les subalternes des hommes et des garçons.

Déclaration verbale de l’alliance MenEngage

L’alliance MenEngage, Let’s Breakthrough Inc., Rutgers et Sonke Gender Justice (organisations membres ayant le statut ECOSOC auprès de l’ONU) ont rédigé une déclaration verbale pour la discussion générale de la CSW. La déclaration, prononcée par Let’s Breakthrough Inc. au nom de la coalition, a souligné l’impératif de continuer à élever et à plaider pour un leadership féministe transformateur à tous les niveaux, des mouvements féministes de la société civile aux plus hauts niveaux des fonctions politiques ; et d’exiger des gouvernements qu’ils répondent aux exigences des visions féministes pour le changement des systèmes. Elle a été prononcée lors de la séance officielle   « Introduction, action, conclusion et ouverture » de la 66e session le 26 mars 2021 – dans le cadre du suivi des résolutions et décisions du Conseil économique et social (Point 5) – introduction et discussion :

Cliquez ici pour regarder la vidéo de la déclaration verbale prononcée par Let’s Breakthrough Inc. (La déclaration commence au bout de 1 heure 50 minutes de l’enregistrement.)

Événements secondaires et parallèles de l’alliance MenEngage

Les événements parallèles suivants organisés par les membres et partenaires de MenEngage sont accessibles sur le portail de l’ONG CSW65 pour les personnes qui se sont inscrites à la CSW, au cours de l’année jusqu’à la CSW66.
 

Hommes, pouvoir et politique

L’Institut Démocratique National (NDI), le gouvernement suédois, le CREA et l’alliance MenEngage – par l’intermédiaire du Symposium Ubuntu – ont réuni un panel et animé un atelier sur l’approche du thème « Hommes, pouvoir et politique » du NDI.

La session visait à soutenir l’évolution des normes de genre et à travailler avec des dirigeants politiques masculins aux côtés de dirigeants féministes, en tant qu’agents de changement transformationnel pour l’égalité des genres. Les personnes ayant participé à l’événement ont expérimenté l’approche « Hommes, pouvoir et politique », en apprenant des réflexions critiques et transformatrices sur la manière dont les normes patriarcales et les préjugés sexistes inconscients affectent tous les aspects de leur vie personnelle et professionnelle.

Cliquez ici pour visionner l’enregistrement (accessible aux personnes inscrites pour participer à la CSW65).

Les sessions suivantes ont été organisées par les membres de l’alliance MenEngage :

Intervention de témoins d’actes publics de violence basée sur le genre

Breakthrough

Lutter contre la violence à l’égard des femmes et des filles en remettant en cause les masculinités militarisées et plaidoyer

Sonke Gender Justice

  Prévention + Ouganda – Création d’une coalition pour réduire la violence basée sur le genre

Sonke Gender Justice

Engagement des jeunes pour le changement social

Saathi

Équilibre entre carrière et vie privée et pandémie de Corona

Reform – Centre de ressources pour les hommes, Norvège

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